Une ronce qui s’installe au milieu d’une haie donne vite l’impression de ne plus pouvoir en sortir. Ses tiges s’accrochent aux branches, ses racines se mêlent à celles des arbustes, et chaque coup de sécateur semble la relancer. La bonne nouvelle, c’est qu’on en vient à bout sans produit chimique, à condition de s’attaquer à la souche et pas seulement aux tiges.
Couper les ronces à ras puis arracher la souche au collet
Le geste central tient en une phrase : couper les tiges au ras du sol, puis extraire la souche au collet, cette zone renflée d’où partent à la fois les tiges et les racines. Tant que ce collet reste en terre, la ronce repart. Voici la marche à suivre, étape par étape.
- S’équiper. Des gants épais anti-épines, des manches longues, des lunettes et des chaussures montantes. Côté outils, un sécateur, un coupe-branche et une bêche étroite suffisent.
- Suivre chaque tige jusqu’au sol. Repérez le point d’ancrage de chaque ronce dans la haie, parfois à un mètre de l’endroit où elle ressort.
- Couper à ras, en procédant par tronçons du haut vers le bas, pour ne pas arracher les branches des arbustes qui portent les tiges.
- Dégager la base. Écartez les feuilles mortes et la terre autour du pied pour voir où passent les racines de la haie.
- Extraire le collet en creusant sur 30 à 50 cm autour, puis retirez les racines horizontales visibles, sur 20 à 30 cm de profondeur pour un petit foyer.
- Évacuer les déchets. Ne laissez rien au sol.
Protéger les arbustes pendant l’arrachage
Ce qui inquiète le plus dans une haie, c’est de blesser les arbustes voisins. La débroussailleuse, très utile en friche, est à écarter ici : un fil ou une lame qui frôle un tronc abîme l’écorce et ouvre la porte aux maladies. Dans une haie, le sécateur et la bêche étroite restent les outils les plus sûrs.
Tirez les tiges plutôt que de les couper à mi-hauteur au-dessus du tronc : une tige coupée court laisse un moignon épineux qui blesse et qui repart. Quand vous creusez, repérez d’abord les racines de l’arbuste, plus épaisses et plus régulières que celles de la ronce, qui sont souvent fines, coudées, de couleur plus claire. Si une racine de ronce croise celle d’un arbuste, coupez-la nette de chaque côté du croisement sans tirer fort, pour ne pas déchausser votre haie.
Adapter la méthode au type de haie et à l’accès à la souche

Dans une haie caduque (charmille, noisetier, forsythia), les feuilles tombées en hiver dévoilent le tracé des tiges et la base des ronces. Le travail y est plus lisible et plus précis. Dans une haie persistante (laurier, thuya, photinia), la ronce se cache sous un feuillage dense toute l’année. Il faut alors se glisser par le dessous, travailler à genoux ou avec un outil à long manche, et suivre les tiges une à une.
Quand la souche est inaccessible, par exemple coincée entre deux troncs ou sous un muret, l’arrachage complet n’est pas possible sans risque. On se rabat alors sur l’épuisement de la souche : couper à ras chaque fois que de nouvelles tiges apparaissent, et recouvrir le pied d’une bâche opaque fixée au sol lorsque l’espace le permet. La plante puise dans ses réserves à chaque repousse et finit par s’éteindre au bout d’une ou deux saisons.
Intervenir au bon moment et répéter les passages
La ronce est une plante vivace dont les tiges de l’année arquent leurs extrémités vers le sol, s’y enracinent et forment de nouveaux pieds, c’est le marcottage. Elle émet aussi des drageons, des rejets issus des racines, parfois à plusieurs mètres de la souche mère. Voilà pourquoi une seule intervention ne suffit presque jamais : il reste toujours des fragments de racines qui repartent.
| Période | Geste à faire |
|---|---|
| Fin d’hiver (février à mars) | Coupe à ras et extraction du collet, sol meuble et plante peu active |
| Mai à juin | Premier contrôle : arrachage des jeunes pousses et drageons |
| Juillet à août | Deuxième passage, coupe des tiges qui arquent vers le sol |
| Septembre à octobre | Dernier contrôle, puis paillage de la base de la haie |
Repousses : le passage que l’on oublie
Même après une extraction soignée, attendez-vous à voir des tiges réapparaître le même printemps. C’est normal, ce sont des fragments de racines. Arrachez-les tant qu’elles sont petites, en tirant vers vous pour sortir la racine. Après deux saisons de contrôle régulier, la plupart des foyers sont éteints.
Que faire des tiges coupées
Les tiges fraîches ne vont pas au sol : elles peuvent s’enraciner. Faites-les sécher sur une bâche pendant plusieurs jours, puis broyez-les ou apportez-les en déchetterie. Une fois broyées et sèches, elles peuvent rejoindre le compost ou servir de paillage. Les racines et les collets, eux, vont en déchetterie ou sont brûlés si votre commune l’autorise.
Éviter sel, vinaigre et javel qui abîment la haie

Les recettes de grand-mère circulent beaucoup : gros sel, vinaigre blanc concentré, eau de Javel versés sur la souche. Dans une haie, elles posent un vrai problème. Ces produits ne restent pas là où on les verse : ils migrent dans le sol, brûlent les racines des arbustes voisins et stérilisent la terre pour longtemps. Et la ronce, avec son système racinaire profond, survit souvent à ces traitements.
Idée reçue : « le sel tue la ronce, donc c’est sans danger pour la haie »
Le sel tue aussi les arbustes qui partagent le même sol. Un pied de laurier ou de charmille dont les racines touchent la zone traitée peut jaunir en quelques semaines, et la terre salée reste hostile pendant des années. Même logique pour un désherbant chimique, dont la vente est d’ailleurs interdite aux particuliers depuis la loi Labbe pour la plupart des produits de synthèse.
Empêcher le retour des ronces dans la haie
Les ronces reviennent d’abord par les racines et les drageons, mais aussi par les graines déposées par les oiseaux, qui se perchent dans les haies. Pour limiter les nouvelles installations, une taille de la haie régulière garde les arbustes denses et ferme les trouées où la lumière appelle les ronces. Si une trouée reste ouverte, créer une haie naturelle chez soi explique comment la reboucher avec de nouveaux plants. Un paillage épais (copeaux, écorces, tonte séchée) au pied de la haie freine aussi les jeunes plants.
Prenez enfin l’habitude de longer la haie une fois par mois du printemps à l’automne, côté jardin comme côté voisin ou friche. Un plant arraché à 10 cm demande trente secondes, le même à 2 mètres demande une journée. Chèvres et moutons peuvent nettoyer une friche, mais dans une haie ils s’attaquent aussi aux jeunes pousses et à l’écorce des arbustes, mieux vaut s’en passer.
Les erreurs qui relancent les ronces
La plus répandue est de tailler les tiges au sécateur sans retirer la souche : la plante réagit en émettant plusieurs tiges là où il n’y en avait qu’une. Deuxième erreur : laisser les tiges coupées sur place, où leurs extrémités se marcottent en quelques semaines. Troisième erreur : travailler le sol avec une motobineuse, qui découpe les racines en morceaux et multiplie les points de repousse. En restant sur l’extraction manuelle et les passages réguliers, vous évitez ces pièges et gardez votre haie intacte.





